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BONNAUD (Dominique) . Les Aventures de Jean Cocasse .

BONNAUD (Dominique) . Les Aventures de Jean Cocasse .

SKU : 9501006
250,00 €Prix
Paris, Librairie Delagrave, 1932 (imp. 6-31), in-8 (27,5 x 18 cm), percaline azur. Au premier plat, polychrome, signé René Giffey, Jean Cocasse en tenue d'aviateur, debout à côté de son ami le cuisinier noir Joë White, en tenue de marin, sur fond de grattes-ciel de New York, survolé par une silhouette d'avion, le chien Trim faisant le beau à ses pieds, tête dorée, 235-(5) pp. ¦Édition originale illustrée de 66 dessins de René Giffey, dont 15 à pleine page.Le titre de couverture est : Les Aventures de Jean Cocasse. « Un merveilleux livre daventures où le jeune héros, Montmartrois intrépide et entreprenant, entraîne le lecteur à travers le monde. Jean Cocasse s'instruit en voyageant ; il surmonte mille difficultés, se fait chercheur d'or, gagne comme aviateur un prix qui lui permettra de secourir ses parents qu'il adore et d'épouser celle qu'il aime. » (Le Correspondant, 1931).Ce roman, à lintrigue classique, est longuement évoqué par Jean-Marie Seillan (Aux sources du roman colonial, 2006), comme exemplaire du genre du roman daventures coloniales de lentre-deux-guerres. Il étudie son épisode africain : « Proposée autour de 1900 par les romans daventures circumterrestres, cette vision de lAfrique s'est perpétuée bien au-delà du temps qu'elle croyait dépeindre, comme le confirment deux rapides sondages effectués dans le roman populaire de l'entre-deux-guerres. Publiées par un certain Dominique Bonnaud l'année même de la grande Exposition coloniale, les Aventures de Jean Cocasse reprennent le scénario du tour du monde aérien à étapes obligées. »Il résume le livre : « Après avoir traversé les Etats-Unis et trouvé de lor en Alaska, le héros remporte les 500 000 $ promis par un fabriquant de moteurs d'avion au gagnant d'une course San-Francisco-Paris avec escales à Hawaï, à Tombouctou et en Algérie. »« Sans doute le roman témoigne-t-il des transformations provoquées par l'implantation coloniale, par exemple à Tombouctou où l'explorateur est une figure obsolète. « Déjà, on le sait, les visiteurs y accèdent en auto-car de tourisme. On y trouve en abondance ce fléau qui s'appelle la carte postale illustrée » (p. 201). Mais l'évolution n'affecte que le voyageur occidental. Le discours ethnologique, enkysté depuis plus d'un demi-siècle, demeure inchangé. Bonnaud, aussi désinvolte vis-à-vis de la géographie que ses prédécesseurs, fait atterrir ses globe-trotters dans un Congo habité par des Mandingues et présente les Pygmées en des termes qu'on aurait pu lire, vers 1870, dans les premières fictions de Louis Noir : « De pauvres êtres tout petits, aux bras longs comme ceux des singes et qui vivent ainsi qu'eux dans les arbres de la grande forêt. […] » Censé bien les connaître pour en avoir « apprivoisé quelques-uns » (p. 184), le père lazariste qui les décrit ainsi reconnaît leur intelligence, mais renonce à leur faire pénétrer les choses de la religion, l'idée d'un Dieu et d'une vie future discriminant qui les exclut de l'humanité. Autant dire que l'Afrique offerte à la jeunesse l'année où Céline publie Voyage au bout de la nuit ressemble encore à la visite d'un zoo. »« Peut-être objectera-t-on que les récits du Tour du monde de Bonnaud ou d'Arnould Galopin, aujourd'hui oubliés, ne méritent pas ce procès. Que tous ces romans, à force de s'imiter les uns les autres, formaient un genre sans valeur référentielle, qu'ils désignaient sous le nom d'Afrique un pack de motifs narratifs et descriptifs préconstitués, un espace utopique et anhistorique, un parcours aussi abstrait et conventionnel que celui d'un Jeu de loie colonial. »Cest ce que lon peut sans doute retenir, bien que ces romans, comme le souligne Seillan, étaient recommandés par les autorités académiques et scolaires pour leur « effet moral et pédagogique bienfaisant exercé par ce romancier sur la jeunesse », en loccurrence une autre œuvre du même genre écrite par Arnould Galopin, Un aviateur de 15 ans, proche dans lesprit du roman de Bonnaud. En ce sens, ces romans sont totalement imprégnés des préjugés de leur époque, qui transparaissent aussi bien dans les aventures de Tintin au Congo ou en Amérique, dont linspiration est également très proche de celle de Bonnaud.Ce dernier est présenté, par la Revue des Deux Mondes à la parution du roman, en 1931, comme « le spirituel Dominique Bonnaud, chansonnier montmartrois notoire ». Chansonnier et journaliste, ancien secrétaire particulier du Prince Roland Bonaparte, Dominique Bonnaud (1864-1943) fut co-fondateur avec Numa Blès du cabaret le Logiz de la Lune Rousse (1905). Il a surtout composé des chansons, de 1899 à 1918 et a publié des souvenirs sur Montmartre, comme : « La Fin du Chat noir, ou les Derniers mohicans de la Butte » (Les Annales, 22 mars-28 juin 1925), puis L'Esprit montmartrois avec Maurice Donnay et Vincent Hyspa (Laboratoires Carlier, 1936). Il est une référence sur le sujet pour Michel Herbert (La Chanson à Montmartre, Table ronde, 1967).Il publie un premier livre chez Delagrave : La Fontaine pour rire : 15 fables, illustrations de O'Galop (1928). Avant de devenir chansonnier, il avait visité lAmérique dans sa jeunesse et publié D'Océan à océan, impressions d'Amérique, préface d'Armand Silvestre (Ollendorff, 1897, 586 p.), ce qui peut expliquer la rédaction de ce roman trente ans plus tard, demeuré son seul essai dans le genre.Ce roman nous fait visiter successivement les États-Unis, le Grand Nord, les tribus indiennes, les quartiers chinois puis les héros empruntent lavion, moyen le plus moderne pour faire le tour du monde. Lépisode africain noccupe que quelques chapitres. Il faut retenir de son livre ses personnages truculents, et limportance accordée à un héros de couleur, Joë White, qui porte le récit et entraîne avec lui le jeune Jean Cocasse. Celui-ci est, sans surprise, un enfant de la Butte où ses parents tiennent le cinéma Lepic, lequel accueille comme clients des matelots américains parmi lesquels se trouve Joë White, élevé à La Nouvelle-Orléans et parlant français, devenu très vite un grand ami du jeune Parisien.On retrouve dans ce tandem loriginalité progressiste des romans de Jules Chancel ou dAugusta Latouche, que publie Delagrave : par-delà les conventions et les préjugés du genre, léditeur défend une ouverture desprit quil encourage chez ses auteurs. Ainsi, à aucun moment Joë White ne sexprime-t-il en « petit nègre » mais use dun langage parfaitement académique ! Cest un héros positif, doué dune grande force et dun esprit dà-propos qui savérera souvent utile dans les aventures quil partagera autour du monde avec son ami parisien.Bel exemplaire.
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