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CALMETTES (Fernand). Brave fille.

CALMETTES (Fernand). Brave fille.

SKU : 9501028
750,00 €Prix
Paris, Librairie d'Éducation de la Jeunesse, [1888], gr. in-8 (28,5 x 20 cm), percaline rouge. Au premier plat polychrome, or et argent, Élise Hénin et son petit frère Firmin, en habit du dimanche, sur la dune, devant l'horizon marin illuminé par le rayonnement solaire où voguent deux navires (frontispice), dans un encadrement d'arabesques végétales. Au second plat cadre et fer central noir, au dos voilier sur une mer d'or et d'argent, tr. dorées (A. Lenègre et Cie, relieurs à Paris), 303-(1) pp. ¦Édition originale illustrée par l' auteur. Premier titre de la tétralogie La Lutte pour le devoir, situé à Saint-Valéry-sur-Somme. Les titres suivants sont Simplette (1888), Soeur aînée (1889) et Mademoiselle Volonté (1892), parus dans la même présentation, et pouvant se lire de façon indépendante. Ils sont tous illustrés par Fernand CALMETTES (1846-1914), peintre de genre, élève de A. et L. Glaize, qui expose quelques oeuvres au Salon à partir de 1878 et fait partie de la Société des artistes français. Archiviste-paléographe de la promotion 1869 avec Étienne Charavay et Camille Pelletan, il est l'ami d'Anatole France depuis 1868. Tous deux ont défendu Paris comme soldats en 1870. Calmettes épouse ensuite la soeur d'Étienne Charavay, ce qui explique que ses romans ont été publiés chez leur frère Claudius Charavay, associé à Mantoux et Martin (voir l'article sur cette maison d'édition dans notre Bulletin n° 4). Le premier roman de Calmettes est salué par un grand article d'Anatole France, dans sa série "La Vie littéraire" publiée dans Le Temps (9 déc. 1888). Après de longues années, les deux amis s'étaient retrouvés fortuitement au milieu de la baie de la Somme, à Saint-Valéry, pendant l'été 1886. "Si je le reconnaissais, mon excellent ami Fernand Calmettes, le compagnon de ces années de jeunesse dont le goût fut tant de fois amer et dont le parfum reste si doux dans le souvenir ! Heureux que nous étions alors ! Nous n'avions rien et nous attendions tout." Le chroniqueur retrace la vie de Calmettes, sa soutenance de thèse mouvementée en 1869 où éclate un incident avec Jules Quicherat, président de la séance, la manière dont il abandonna l'archéologie pour la peinture, après la guerre de 1870, etc. "M. Fernand Calmettes rapporta de la baie de la Somme et des plages grises du Vimeu des études, des notes, de souvenirs dont il a tiré depuis quelques beaux tableaux et un livre, un roman que j'ai reçu hier et qui m'a fait songer à tout ce que je viens de vous dire, un roman sur les pécheurs, un récit tracé pour les jeunes filles avec une innocente ardeur. Ce livre est illustré : je n'ai pas besoin de dire que les dessins sont de M. Calmettes lui-même. Ils plaisent par un style simple et grand. Le texte aussi a de la grandeur vraie et de la belle simplicité." "Ce livre (...) est l'histoire d'une jeune orpheline, Élise, en qui revivent les vertus héréditaires des pauvres pêcheurs qui gagnent leur vie au péril de la mer. Elle a le coeur robuste et pieux. Elle est née avec l'amour de ce terrible Océan qui lui a pris son père. Comme le vieux pilote que M. Jean Richepin fait si bien parler dans Le Flibustier, elle méprise la terre et les terriens et pense que les rivières, ce n'est que de l'eau pâle, ingrate et fade, cette eau qui passe et ne revient pas." "Élise a une tâche, qu'elle saura a ccomplir. Avant de céder à l'amour permis, elle devra tirer du fond de la mer le corps de son père et l'ensevelir. C'est son père lui-même qui lui apparaît pour lui donner cet ordre. Vous êtes libre d'ailleurs de croire que le fantôme du pauvre pêcheur n'a pas plus de réalité objective que le spectre de Banquo, et qu'il est le produit d'une hallucination généreuse (...). Elle réussit à l'enterrer aux côtés de sa mère. C'était presque impossible. Mais que ne peuvent le courage et l'amour ?" Anatole France nous révèle ensuite un singulier aspect de ce roman, lié au caractère laïc des éditeurs Charavay, Mantoux, Martin (éditeurs militants des publications de la Société de la Révolution française). "M. Fernand Calmettes a, pour nous représenter ces pêcheurs, l'oeil d'un peintre et l'âme d'un poète, aussi a-t-il exprimé les formes et les âmes. Une seule faculté des marins n'est pas exactement rendue dans son livre, la faculté religieuse. On n'y rencontre le culte catholique sous aucune forme précise et, chose étrange, le nom de Dieu n'y est même pas prononcé. J'ai demandé les raisons de cette singularité et je les ai apprises ; elles sont trop intéressantes pour que je ne les révèle pas ici. C'est l'éditeur du livre, c'est le libraire qui n'a point souffert que le nom de Dieu figurât une seule fois dans le texte, donnant pour motif qu'il publiait des livres destinés à être donnés en prix dans les écoles. Les idées philosophiques et religieuses de cette maison de librairie, fort honorable d'ailleurs, importeraient peu, mais elle est patronnée par certains hommes politiques qui répudieraient ses livres s'il y était fait allusion à un culte, à un idéal religieux quelconque. Voilà où nous en sommes ! Voilà la largeur d'idées, l'ouverture d'esprit de nos radicaux. Voilà comment ils entendent la tolérance, la liberté intellectuelle, le respect des consciences. Voilà les inspirations libérales de l'Hôtel de Ville ! Je ne suis pas suspect de trop de foi, et ceux qui me font l'honneur de me lire savent que je ne défends ici que la liberté des âmes et la paix des coeurs. Mais, en vérité, cette proscription de l'idéal de tant de personnes respectables, cette guerre au dieu des femmes et des enfants, au dieu consolateur des affligés, est quelque chose de bien méchant et de bien maladroit. Je regrette vivement que le livre de M. Fernand Calmettes ait subi l'affront d'une si stupide censure. Je le regretterai plus encore si l'auteur n'avait compensé, en quelque sorte, par son idéalisme supérieur les mutilations dont il eut à souffrir de la part des sectaires. Une sorte de mysticisme naturaliste règne dans son oeuvre et se substitue ingénieusement au culte plus traditionnel que professent en réalité les pêcheurs de nos côtes. M. Fernand Calmettes élève à la hauteur d'une religion les sentiments de famille, la piété de coeur. Dans son livre, le ciel est toujours visible ; il inspire tous les êtres, les illumine de sa clarté radieuse ou les enveloppe de sa mélancolie sereine. Cela est excellent, mais ce n'est pas ainsi que les pêcheurs de Saint-Valery conçoivent l'idéal divin." Dans l'édition en volume de ses chroniques (La Vie littéraire, tome II, Calmann-Lévy, 1894), France ajoute une note : "J'apprends avec plaisir que, dans une nouvelle édition, M. Fernand Calmettes rétablit intégralement le texte de son manuscrit." Cette seconde édition est parue chez Plon en 1894, au format in-18 non illustré. Charavay compense cette position idéologique obscurantiste par un plat baignant dans l'irradiation solaire sublime, où le ciel et la mer se confondent dans l'incandescence des ors semés à profusion, "illuminant de sa clarté radieuse" le mysticisme qui règne dans le coeur des personnages. Comme tous ceux de cette série, ce plat est littéralement éblouissant.
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