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CHANCEL (Jules). Le Secret de l'émir .

CHANCEL (Jules). Le Secret de l'émir .

SKU : 9501046
350,00 €Prix
Paris, Librairie Delagrave, 1920, in-8 (30 x 21 cm), percaline vert tilleul. Au premier plat, noir et or, signé Bombled, portrait de l'émir Houskal (p. 57 et ill. p. 61), en redingote, coiffé de l'ikal (voile blanc retenu par un bandeau hexagonal tressé d'or), le doigt sur la bouche mimant le signe (chut !) du silence et du secret. Au second plat, paon à froid, au dos titre et fleuron dorés et filet noirs d'encadrement en arabesques, tr. rouges, 300-(4) pp. ¦Édition originale illustrée de 83 dessins par Louis Bombled, dont 19 hors-texte. Dédié "Au général Gouraud, à l'un des glorieux vainqueurs de la Grande Guerre, au haut commissaire de France en Syrie, dont j'ai pu apprécier par moi-même la valeur et les efforts au cours de ma mission dans ce pays, je dédie en respectueux hommage ce modeste roman d'aventure destiné à la jeunesse." Dans ce cinquième titre de la collection Les Enfants aux colonies, après Le Prince Mokoko (1912, PH 23/435), Lulu au Maroc (1913, PH 11/214), Un petit émigrant en Argentine (1914) et Un petit comédien au Brésil (1915, PH 22/415), l'auteur nous emmène cette fois au Levant sous mandat français, après la Première Guerre mondiale. Ce livre a été signalé depuis 1990 comme étant un "roman de l'immigration", mettant en scène un personnage de balayeur kabyle, par Catherine Wihtol de Wenden dans son article "L'Immigration maghrébine" (L'Islam en France : islam, État et société, dir. Bruno Étienne, 1990). L'information est reprise par Maxim Silverman dans Race, Discourse and Power in France (1991). L'exemple est repris plusieurs fois par Jean-Robert Henry qui mentionne dans ses articles "ce roman pour enfants, plusieurs fois réédité" qui "semble avoir été le premier à mettre en scène - et à figurer par des illustrations - un ouvrier kabyle, promu au rang de héros positif d'une aventure qui l'entraîne de Paris au Proche-Orient" (article "Entre Germains et Arabes : les avatars d'une vision française des migrations", dans Au miroir de l'autre, de l'immigration à l'intégration en France et en Allemagne, 1994 ; "L'Algérie et l'Allemagne, repères paradoxaux de l'identité française", The International Scope Review 1999 ; "Allemagne-Algérie : deux pôles de la vision française de l'altérité", Hommes et migrations : Nouvelles mobilités, 2001). Catherine Wihtol de Wenden revient à plusieurs reprises sur cet exemple, dans On ouvre les frontières ? Chiche ! Et après ? (2001) et dans A chacun ses étrangers : France-Allemagne de 1871 à aujourd'hui (2009, qui reproduit une illustration). Elle écrit : ce roman "constitue la première représentation romanesque et graphique d'un travailleur nord-africain en France. Celui-ci est un Kabyle, Mohamed Ben Salem. Venu durant la guerre travailler à Paris comme éboueur, il est resté accidentellement en métropole, où il a "connu toutes les misères". Il devient le héros positif secondaire d'une aventure qui se déroule en France, puis en Orient. Mohamed est l'auxiliaire sympathique, travailleur, pugnace d'un jeune Français aux prises avec les ennemis de la France ( y compris les Anglais !). Le lien est très fort entre les deux personnages, mais asymétrique, tout au moins au départ ; c'est l'enfant qui est protecteur de l'adulte et celui-ci qui est infantilisé, tout en se montrant plein de ressources." Les deux héros forment en effet un tandem inséparable, sans lequel l'aventure ne peut pas être conduite à son terme. Dans ce cas de figure, l'asymétrie est inévitable, mais corrigée par une complémentarité puissante. Mohamed offre une aide déterminante au Français pour réussir la mission secrète, d'une difficulté à priori insurmontable, qu'il s'est juré de mener à bien : récupérer (ou plutôt dérober), à La Mecque, dans la Kaaba même, sous déguisement arabe - nouveau René Caillié -, un flacon d'élixir que l'émir Houskal convoite lui aussi, celui-ci étant le fils du roi d'Arabie Abderadam, à qui ce produit miracle appartient. Il a pu surprendre ce secret parce que Mohamed l'a aidé à s'introduire dans l'hôtel particulier de l'émir, près du Bois de Boulogne, à Paris. Leur amitié est née lorsque Jean a pris la défense du Kabyle martyrisé par un groupe de chenapans, alors qu'il accomplissait ses prières en direction de La Mecque, à l'écart, dans le bois... Prônant le respect de l'autre et de son identité dans sa différence, qui est complémentarité, ce roman - ô combien prémonitoire - mérite d'être redécouvert, et relu dans cette perspective qui lui donne son sens. Témoignage vivant d'une réalité sociale nouvelle qui se met en place après 1918, mise à la portée des enfants grâce à un récit palpitant, rempli de péripéties rocambolesques, y compris courses-poursuites et recherches d'indices grâce à un chien-détective du nom de Sherlock, ce roman est un nouvel exemple du talent de Jules Chancel. Ce n'est pas la première fois que l'on note son intérêt pour les peuples étrangers et les questions d'émigration et d'immigration, qui affleurent dans tous les titres de la collection, notamment Le Prince Mokoko. De surcroît, le livre est enrichi des magnifiques compositions de Louis Bombled, un des maîtres de l'illustration des romans d'aventures au début du XXe siècle, ancien collaborateur du Journal des voyages. Bel exemplaire.
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