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DANRIT (Capitaine) . Au-dessus du continent noir .

DANRIT (Capitaine) . Au-dessus du continent noir .

SKU : 9501288
350,00 €Prix
Paris, Librairie E. Flammarion, [1911], gr. in-8 (28 x 19,5 cm), percaline rouge, bords biseautés. Au premier plat polychrome, une troupe de cavaliers arabes, le chef au premier plan brandissant un fusil, menace un aéroplane muni dun phare, une tête coupée pendue à sa selle. Au second plat, monogramme EF de léditeur à froid, au dos, aéroplane LAfricain (p. 193) et titre dorés, tr. dorées (Engel, relieur), (8)-472 pp. ¦Édition originale illustrée dun frontispice et de 49 dessins par Georges Dutriac, dont 22 à pleine page.Carte du Tchad et du Darfour, de Fort-Lamy à Fachoda (p. 8-9), dessinée par lauteur.Louvrage décrit un raid aérien du Sahara au Nil, dans une contrée alors peu explorée et peu connue. Lauteur dédicace dailleurs son ouvrage « À mon ami le colonel Baratier, dont ladmirable raid à travers le mystérieux marais du Bahr-el-Ghazal, au cours de la mission Marchand, me donna la première idée de ce livre », signé commandant Driant (1855-1916), député de Nancy, octobre 1911. De fait, un chapitre de ce palpitant roman se déroule au-dessus de ces immenses marais fréquentés par les hippopotames et par la tribu des Nouers (p. 285-305). Le livre de souvenirs du colonel Baratier (1864-1917) venait juste de paraître chez Fayard : À travers lAfrique (Collection Les Inédits de Modern-Bibliothèque, 1910).Paraissant simultanément en feuilleton dans le Journal des voyages et en cartonnage à plat historié à la fin de chaque année, illustrés par Georges Dutriac (1866-1958), les six volumes de la collection Flammarion du capitaine Danrit sont tous magnifiques. Publiée à partir de 1907, elle sinspire, dans la forme, de la collection de Paul dIvoi, mais dans un format plus petit.La série comprend Robinsons sous-marins (1907, PH 28/528, en feuilleton dans le Journal des voyages, octobre 1907-avril 1908), Robinsons de lair (1908, en feuilleton, octobre 1908-mai 1909), LAviateur du Pacifique (1909, PH 27/508, en feuilleton, octobre 1909-juillet 1910), LAlerte (1910, PH 25/478, en feuilleton, novembre 1910-mai 1911), Au-dessus du continent noir (1911, en feuilleton, novembre 1911-juin 1912), Robinsons souterrains (1912, PH 26/492, en feuilleton, octobre 1912-juin 1913).Ces romans sont parmi les derniers de lauteur qui, après une longue carrière militaire et littéraire, allait sengager dans la Grande Guerre et mourir héroïquement à la bataille de Verdun en 1916.Comme la remarqué Pierre Versins dans larticle quil lui consacre dans son Encyclopédie de lutopie et de la science fiction (1972), Danrit sest bâti une réputation de spécialiste des conflits futurs, et de la guerre de tous contre tous, avec La Guerre de demain, énorme cycle paru de 1888 à 1893, suivi par LInvasion noire (1895-96), La Guerre fatale (1901-02) et LInvasion jaune, déjà illustré par Dutriac en 1905-1906 (PH 32/604), ainsi que Ordre du Tzar (1904).Il publie de nombreux autres romans daventures, comme Évasion dEmpereur (Delagrave, ill. R. de La Nézière, PH 6/111, en feuilleton, novembre 1903-mai 1904). Versins estime à 10 000 pages les œuvres de Danrit, dont 7616 de récits guerriers, record, selon lui, insurpassable.Pour Flammarion, Danrit renouvelle son inspiration. Au-dessus du continent noir traite de la rivalité entre Français et Anglais, qui imposent leur ordre colonial sur le continent africain. Chacun des six ouvrages de la série comprend un élément dextrapolation futuriste, du sous-marin à laéroplane. Ici, cest ce dernier qui prend une importance significative, dès la couverture. Lavion matérialise la supériorité de la technologie occidentale sur celle des populations autochtones, de surcroît tributaires de conceptions traditionnelles des relations sociales et dun mode de gestion des conflits, à nos yeux, fondé sur la terreur et leffroi, ce que souligne la tête coupée exposée par le cavalier, témoignage dune violence barbare (châtiments, tortures, supplices), que le Journal des voyages décrivait dans ses récits de fiction ou ses articles.Écrit en 1911, ce roman anticipe de beaucoup les possibilités des aéroplanes dalors. Après la traversée de la Manche par Blériot deux ans plus tôt (juillet 1909), rappelons que la première traversée de la Méditerranée en avion (par Roland Garros) aura lieu deux ans plus tard, le 23 septembre 1913.La couverture de Dutriac reprend plusieurs scènes du livre, en une composition accrocheuse, animée et dramatique, une véritable affiche posée à lentrée du livre, incitant à y entrer. Lartiste a construit une relation dopposition dynamique et symbolique entre la toute-puissance de lappareil aérien et la troupe de cavaliers quil surplombe et tient à sa merci, dont le chef se profile à contre-jour dans la lueur triangulaire du fanal qui léclaire.Le récit se lit en filigrane sur cette image. Laéroplane représente la puissance technique française que les Anglais nous envient (p. 317) et quils veulent entraver en lui refusant un ravitaillement en essence. Les cavaliers rebelles, sopposant à la colonisation, ont une mentalité barbare, réfractaires quils sont aux lumières de la civilisation.En cette période dEntente cordiale, souligne Jean-Marie Seillan (Aux sources du roman colonial, 2006, p. 256), les relations franco-britanniques de la fiction restent imprégnées du souvenir de Fachoda et de la mission Marchand remontant à 1898. « Avec un recul de quelques années », « Danrit fait accomplir à ses lecteurs une sorte de pèlerinage » sur ces lieux, avec ce « roman daventures aériennes qui confirme, entre rancune et nostalgie, la difficulté doublier la fraus britannica ».Cest dans ce roman, un des chefs-dœuvre de lauteur, que lon trouve cette étonnante tirade prophétique : « Il est de par le monde des âmes charitables, atteintes dun mal nouveau : « lhumanitarisme ». Cest une des formes de la sensibilité maladive dont sont atteints les peuples qui ne combattent plus. » (p. 56). Lauteur, que ce soit sous son titre de colonel Driant ou son pseudonyme littéraire de capitaine Danrit na jamais cessé de combattre par le fusil ou par la plume. Il est mort au Bois des Caures (près de Verdun) en février 1916.Exemplaire rutilant.
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