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DANRIT (Capitaine) . L'Alerte .

DANRIT (Capitaine) . L'Alerte .

SKU : 9500857
450,00 €Prix
Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1910, gr. in-8 (27,5 x 19,5 cm), percaline rouge, bords biseautés. Au premier plat, polychrome, signé G. Dutriac, le déraillement d'un train sur un viaduc, la locomotive lancée à toute vapeur, portant l'aigle impérial germanique, jaillit au premier plan (chap. IX, "La locomotive-bélier", scène située entre les ill. de la p. 289 et 337). Au second plat, monogramme EF de l'éditeur, en rouge, au dos, l'emblème germanique à l'aigle doré, tr. dorées (Engel, relieur), (8)-454-(2) pp. ¦Édition originale illustrée de 45 compositions par Georges DUTRIAC dont 16 hors-texte, d'un portrait en pied du général de Nonancourt (le dédicataire) et d'une carte de la région de Thionville (pp. 72-73). Le commandant Émile Driant (1855-1916), plus tard colonel, député de Nancy, dédicace son ouvrage "au général de Nonancourt, Messin et Nancéien" : "Au Soldat de ferme conscience et de haute valeur professionnelle, qui fut jadis mon chef le plus aimé, et qui, après notre adieu commun à l'Armée, est resté mon ami le plus sûr, Je dédie ce livre qui lui redira le rêve avorté de notre génération." Dans ce livre, il évoque une éventuelle guerre avec l'Allemagne. Driant, dénommé "le Jules Verne militaire" par son biographe Daniel David, rend célèbre son pseudonyme de capitain e Danrit, en écrivant une longue série d'ouvrages qui envisagent sur le mode fictionnel tous les conflits possibles. "En 1889, la production littéraire française assiste à l'éclosion d'une sorte de monstre, écrit Léon Riegel (Guerre et littérature : le bouleversement des consciences dans la littérature romanesque inspirée par la Grande guerre, 1978). A partir de cette date et jusqu'en 1912, plus de vingt volumes, plus de sept mille pages, paraissent, signés par un certain capitaine Danrit. Ce personnage se rend célèbre par sa prolixité dans le genre romanesque d'abord, par sa fougueuse carrière politique ensuite ; enfin, par une mort héroïque en première ligne, dans sa qualité de Colonel d'un Régiment de Chasseurs, au commencement de la bataille de Verdu n." Léon Riegel consacre un chapitre de son livre à L'Alerte. Il écrit : "Dans la longue liste des oeuvres, Alerte ! est certainement celle qui est encore la plus lisible pour un lecteur contemporain ; c'est aussi celle qui est la plus intéressante da ns la perspective de notre étude. Alerte ! se démarque par rapport aux oeuvres précédentes du fait que ses protagonistes ne sont plus militaires. L'histoire du roman, en quelques lignes, est la relation d'un coup de main, en termes actuels, une "opératio n de va-et-vient", dont l'objectif est la destruction d'un pont de chemin de fer sur la ligne Thionville-Trèves, en territoire lorrain allemand. Cette opération est effectuée par quatre hommes : Grandin, Georges Delmont, Frank Hettange et leur chef, Paul V igy. Ce dernier, officier de réserve et ardent patriote, entreprend cette action-commando pour mériter l'amour de la belle Freya Valborg, Danoise exilée de son Schleswig natal par l'annexion de son pays en 1864. Paul Vigy agit conformément à une suggestion du Capitaine Roeder, du 2e Bureau de l'État-Major de l'Armée, qui pense que la destruction de cet ouvrage peut retarder de 24 à 48 heures l'arrivée d'un Corps d'Armée allemand sur la frontière lorraine dans le cas du déclenchement inopiné des hostilités p ar l'Allemagne, sur la frontière du Nord-Est. Riegel explique en quoi ce livre reste lisible aujourd'hui : "L'auteur nous évite les mièvreries et les grandiloquences soporifiques des grands duos d'amour. Plutôt que d'assommer son lecteur avec des envolées lyrico-sentimentales fort communes dans son oeuvre antérieure, Danrit limite le champ d'action de l'amour à l'exposition et à l'épilogue. Enfin, autre raison qui fait de ce roman un ouvrage acceptable sur le plan littéraire : le didactisme qui plombe si l ourdement l'oeuvre du Capitaine Danrit est ici très réduit. Il y a bien quelques développements sur la démographie et l'économie danoises, sur l'emploi du télégraphe optique, sur la mélinite et son utilisation dans un puits de mine de pont, mais ces digres sions techniques sont relativement peu étendues et présentées dans des scènes qui les "camouflent" au moins grossièrement. On sent que l'auteur est retourné dans la vie civile où ces sujets ne sont pas communément abordés dans la conversation des "honnêtes gens". Le regard du capitaine Danrit a pris de l'altitude. Au lieu de s'attacher aux rouages intimes de la machine militaire, il l'embrasse plus largement en s'efforçant de découvrir les sutures entre les tissus civils et militaires et, du même coup, en c ritiquant l'imbrication des deux ordres l'un dans l'autre. L'homme politique et l'homme d'expérience commencent à gommer ce que le jeune militaire avait d'un peu myope et de sectaire. Le résultat dans le domaine de l'écriture est un roman un peu plus mûr, qui ne s'adresse plus exclusivement à des enfants ou des adolescents ; moins naïf donc, qui ne songe plus exclusivement à instruire mais à plaire. De plus, l'auteur a su utiliser adroitement l'élément de suspens. Il faut dire que le sujet traité s'y prête à merveille." Enfin, Riegel évoque la question aérienne, arme alors nouvelle sur le plan militaire : "Il n'est guère de livres de sa plume où il ne soulève quelque problème concernant les aéronefs. Les énormes dirigeables, surtout ceux construits par l'Al lemand Zeppelin, frappaient les imaginations de l'époque. Driant y a vu avant tout une arme utilisable pour le bombardement sur les arrières, avec des effets possibles sur la population civile étant donné le grand rayon d'action de ces aérostats. Arme du r enseignement aussi, dont il a toujours rappelé l'importance primordiale dans un conflit futur. Mais ce qui l'a réellement passionné, ce sont les progrès fulgurants réalisés dans le domaine des aéroplanes. Certes ces machines étaient bien fragiles, capricie uses et chères. C'était un peu des jouets de luxe. L'écrivain se demande cependant très sérieusement si, employées en grandes masses, ces escadrilles ne rendraient pas le combat terrestre inutile, ces cavaliers du ciel se moquant des innombrables obstacles qui toujours arrêteront une troupe rivée au sol par la loi de la gravitation." Sur ce roman, voir aussi Marie Palewska, "Le roman revanchard", Le Rocambole n°6, Le Journal des voyages II, 1999, p. 39. L'ouvrage fait partie d'une série de six volumes de Danrit chez Flammarion, après Robinsons sous-marins (1907), Robinsons de l'air (1908), L'Aviateur du Pacifique (1909) et avant Au-dessus du continent noir (1911) et Robinsons souterrains (1912). C'est un des plus beaux Danrit de cette collection.
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