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DEROULEDE (Paul) . 1870 . Feuilles de route .

DEROULEDE (Paul) . 1870 . Feuilles de route .

SKU : 9501042
500,00 €Prix
Paris, Société d'édition et de publications, Librairie Félix Juven, 1907, gr. in-8 (28 x 19,5 cm), demi-percaline chagrinée violine à coins, plats de percaline, filets dorés, bords biseautés. Au premier plat, motif gris en relief, un couple de combattants défendant Paris, lui, tenant un clairon et tombant atteint d'une balle, elle, brandissant un fusil. Second plat muet, titre et fleuron doré au dos, tête dorée, VIII-287-(1) pp. ¦Première édition illustrée par Jules Rouffet, publiée le 15 janvier 1907. Des Bois de Verrières à la Forteresse de Breslau. Dédié aux deux peintres emblématiques de la guerre de 1870, Alphonse de Neuville et Édouard Detaille. "Ce premier volume de mes souvenirs, explique l'auteur, raconte ma vie de soldat depuis la déclaration de guerre jusqu'à ma captivité en Allemagne. Il est extrait des cahiers de mémoires rédigés pendant mon exil ; j'en ai revu, relu et récrit, en partie, toutes les pages, afin que nul bon Français n'y pût rien trouver qui heurtât de front ses sentiments ou ses croyances. Non pas que je me sois le moindrement évertué à cacher mes opinions républicaines ni à voiler mes convictions religieuses : mon effort a surtout tendu à parler de tout et de tous sans autre parti pris qu'une partialité jalouse pour la Patrie." Dérou lède rappelle qu'il est à la fois républicain et patriote nationaliste. Mais ces souvenirs ne sont pas une autobiographie complète : "De ce qu'avait été et de ce qu'avait fait l'étudiant en Droit ou l'apprenti ès Lettres, jusqu'au jour de mon enrôlement vo lontaire, je n'ai dit que juste ce qu'il faut pour n'encourir pas le reproche de dissimulation ou d'hypocrisie. Peut-être eût-il mieux valu faire disparaître de ces croquis de bataille toute silhouette féminine, mais à quoi m'eût-il servi de nier que mon coeur n'a pas toujours battu que pour la France ? Aussi bien j'en préviens le lecteur en toute franchise : ce n'est pas ici le livre d'un bénédictin ni d'un sage. "Ce ne sont pas non plus des études historiques, encore moins des considérations tactiques ou stratégiques sur les événements et sur la campagne de 1870, mais bien tout uniment le au-jour-le-jour de mes étapes et de mes haltes ; la guerre telle que je l'ai vue et telle que je l'ai faite et - pour tout dire en un mot qui dit tout - les feuilles de route de ma route militaire. Rien de plus, rien de moins." Ce livre de vérité est donc un témoignage sur la débâcle française de 1870 vue par un soldat de la troupe. Mais c'est aussi un livre de combat idéologique : "Que si la rudesse des appréciations ou des jugements qu'on y rencontrera au passage, offense ou afflige quelques patriotes, je les supplie de réfléchir aux conséquences des indulgences élogieuses, qui nous bercent depuis tantôt trente-six ans dans l'admiration de nos défaites. (...) Ce n'est pas en continuant à enseigner que l'Armée ancienne a été effroyablement battue, quoiqu'elle se fût battue héroïquement, que l'on apprendra à l'Armée nouvelle qu'il faut qu'elle se batte mieux pour qu'on ne la batte pas. "Si le Gloria Victis de Mercié est un pieux mensonge filialement dû aux premières larmes de la Mère-Patrie, le Malheur aux Vaincus de nos vieux Gaulois reste toujours l'implacable vérité de l'histoire du monde. "Quant aux pacifistes et aux humanitaires de 1870, dont j'avais jadis partag é les doctrines et qui m'ont fait hésiter un instant au seuil du droit chemin, il me paraît utile d'apprendre à qui l'ignore et de rappeler, sans ménagement, à qui feint de l'oublier, l'immense et criminelle responsabilité qui incombe à ces éternels amis d e nos ennemis dans l'apogée de la gloire prussienne, dans l'asservissement de l'Europe et dans la mutilation de notre France." Déroulède ne va pas jusqu'à citer l'adage latin Si vis pacem para bellum, mais c'est bien le sens de sa conclusion. Cet averti ssement a peut-être été entendu en 1914, mais il a été oublié en 1939. Soldat, poète et agitateur, Paul Déroulède (1846-1914) a fait l'objet d'une excellente biographie par Bertrand Joly, Déroulède, l'inventeur du nationalisme (1998), qui souligne que, en juillet 1870, poète de 24 ans, "ce dandy républicain et pacifiste ne songe nullement à la gloire des armes" et vit avec sa maîtresse, Madeleine Brohan (dénommée Simone dans ses souvenirs), avec qui il a un fils, ce qui explique l'aveu de Déroulède, "ce n'est pas ici le livre d'un bénédictin ni d'un sage". Bertrand Joly rappelle la rencontre entre Victor Duruy et Déroulède, au Luxembourg, le 18 juillet 1870, et le dialogue qu'ils échangèrent, où le ministre tente de convaincre le poète pacifiste de s'enga ger et d'épouser la cause de la Patrie... Cette scène, sans doute reconstituée après coup, donne cependant la mesure du décalage et de l'évolution du futur tribun et auteur des Chants du soldat en 1872. La suite du récit permet de comprendre comment ces sentiments patriotiques naissants, alimentés par son expérience de la défaite, se sont conjugués en une attitude d'opposant permanent de la Troisième République, lui permettant de devenir l'incarnation de la revanche contre l'Allemagne. Il existe une vari ante de cartonnage pour ce titre, avec un plat historié polychrome (PH 18/347).
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