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GAUTIER (Léon) . La Chevalerie .

GAUTIER (Léon) . La Chevalerie .

SKU : 9500935
750,00 €Prix
Paris, Victor Palmé, éditeur, 1884, in-4 (30 x 22 cm), percaline rouge. Au premier plat, semé de fleurettes stylisées encadré d'une arabesque noir et or avec fleurs-de-lys aux angles et blasons du Royaume franc sur les montants, au centre chevalier argenté en pied, bras en croix, tenant un ruban marqué "Credo". Second plat identique, dos lisse orné du même semé et d'un chevalier doré en selle, vu de face, à cheval, portant un étendard, tr. dorées (A. Souze, graveur), XV-(I)-788 pp., bibliogr. ¦Édition originale illustrée de 152 figures légendées et dessins archéologiques in-texte par Ch. FICHOT, Édouard GARNIER, LIBONIS, P. SELLIER, STEIN, gravées par F. MÉAULLE, de 40 lettres ornées et culs-de-lampe par CIAPPORI, de 30 en-tête de chapitre et 25 compositions h.-t. sous serpentes légendées par ANDRIOLLI, G. JOURDAIN, Luc-Olivier MERSON, Édouard ZIER. Ouvrage de référence réédité plusieurs fois avec le même plat historié, notamment par Delagrave (1890), Sanard et Derangeon (1895), Welter, Quantin. D'abord publié en feuilleton dans la Revue du monde catholique (1882-1883) et dans la Revue des questions historiques (1883), traduit en anglais en 1890, il a été publié plusieurs fois au XXe siècle en version revue ou en fac-similé (Arthaud, 1960, édition condensée ; Pardès, 1988 et 1996 ; Éd. des Marais, 1989). Léon Gautier (1832-1897), professeur à l'École des chartes, "s'est donné pour tâche de raconter à ses lecteurs la vie d'un baron depuis l'heure de sa naissance jusqu'à l'heure de sa mort ; de nous faire assister à l'enfance et la jeunesse du futur chevalier, à son entrée dans la chevalerie, à son mariage, à l'une de ses journées depuis le premier matin jusqu'au soir, à l'une de ses campagnes, à toutes les péripéties de sa vie domestique, militaire et religieuse (...), d'après des milliers de textes qui sont principalement empruntés aux poèmes français du moyen âge (...), dans ce livre qui est le résultat de vingt années de travail et qui, écrit avec chaleur d'après les documents originaux, a tout l'intérêt d'un roman et toute la valeur d'une histoire" (Le Livre, 1883). "La connaissance de la chevalerie et du rôle de l'adoubement", écrit Jean Flori dans L'Essor de la chevalerie (1986), "devait faire un énorme progrès grâce à Léon Gautier (...). Très critiqué par certains historiens du milieu du XXe siècle, le livre de Gautier avait l'avantage de réunir un ensemble considérable de sources surtout littéraires - chansons de geste en particulier - mais aussi des textes juridiques, des extraits de chroniques et d'annales latines, et même des documents iconographiques que l'érudition remarquable de l'auteur avait permis de retrouver." L'ouvrage eut une grande influence au moment où l'on redécouvrait le Moyen Age, période largement négligée jusqu'alors. En témoigne la lecture qu'en fit Georges Bataille (1897-1962), qui fut chartiste avant d'être le romancier de Madame Edwarda (1942) et l'essayiste de L'Érotisme (1957). Dans une nécrologie publiée en 1964, André Masson, condisciple de Bataille à l'École des chartes, précise : "Il était entré à l'École des chartes parce qu'il s'était épris d'un Moyen Age romantique qu'il avait découvert en visitant la cathédrale de Reims et en lisant La Chevalerie de Léon Gautier. Il avait préparé le concours d'entrée dans l'état d'esprit du chevalier la veille de l'"adoubement"..." (cité par J.-P. Le Bouler dans son étude "Georges Bataille, le Moyen Age et la chevalerie : de la thèse d'École des chartes (1922) au Procès de Gilles de Rais (1959)", Bibliothèque de l'École des chartes, 2006). La thèse que Bataille consacre à L'Ordre de chevalerie, conte en vers du XIIIe siècle n'a pas été retrouvée, mais l'auteur a évoqué le Moyen Age dans une série d'écrits analysées par J.-P. Le Bouler. A la suite de sa thèse, Bataille a même proposé, sans succès, à la Société des anciens textes français, une édition annotée de ce conte, que Léon Gautier résume et commente dans son chapitre "L'entrée dans la chevalerie". J.-P. Le Bouler relate, dans un article de la Revue d'histoire littéraire de la France (1991) les déboires de Bataille avec la Société en 1925-26 autour de ce projet. On sait aussi qu'il avait emprunté le livre de Gautier à la Bibliothèque nationale où il travaillait, en 1926-27, pour le relire. "Pour de savants catholiques, comme Léon Gautier et ses amis de la Revue des questions historiques, le Moyen Age ne constitue pas seulement un objet d'étude froid et lointain que l'on peut analyser avec la sérénité qui sied au chercheur. C'est en réalité un monde que nous avons perdu et qu'il faut absolument retrouver, voire ressusciter, un idéal à part entière sur le plan politique, religieux, social et culturel, un modèle d'inspiration vers lequel il convient absolument de se tourner pour régénérer une société malade" (Le Moyen Age au miroir du XIXe siècle, 2003). De fait, dès 1865, dans Les Épopées françaises, Léon Gautier s'écriait : "La Chanson de Roland vaut L'Iliade". Ce jugement quelque peu aventuré trouve une justification après 1870 et le renouveau du nationalisme. "Il a fallu la guerre de 1870 pour nous en donner l'intelligence et l'amour [du pays]. Sedan a fait comprendre Roncevaux" dit Gautier (cité par Charles Ridoux, "La Nouvelle école de philologie romane et sa perception de la littérature médiévale", Cahiers de recherches médiévales, 1996). Ridoux ajoute que la réserve d'autres médiévistes comme Gaston Paris, à propos de leur objet d'étude, "n'était certes pas dans le tempérament du bouillant Léon Gautier qui voua toute sa carrière à la défense du Moyen Age. Pour lui, qui disait à propos de La Sorcière de Michelet : "Ce livre est l'histoire de Satan, écrite sous sa dictée", il était impensable de dissocier véritablement jugement esthétique et jugement moral." Quant à l'iconographie du volume, elle est double. Aux images reproduisant des documents originaux, l'éditeur a ajouté une série de gravures inédites. Le Livre écrit : "Pour donner à cette oeuvre sa véritable saveur et tout son prix, des compositions pittoresques et idéales (...) étaient nécessaires. Ces tableaux d'histoire ont été demandés à ce grand artiste, Luc-Olivier Merson, qui leur a consacré deux ans de sa vie, à ce dessinateur fougueux et fécond, qui recueille en ce moment la succession de Gustave Doré et qui s'appelle Édouard Zier, au crayon consciencieux et précis de G. Jourdain, à la fantaisie gracieuse et érudite de Ciappori, au burin puissant et varié de Méaulle, qui a tenu à honneur d'attacher son nom à ce beau livre." Le plat historié reproduit une oeuvre d'Emmanuel Frémiet (1824-1910), sculpteur d'histoire, graveur, dessinateur. Neveu de François Rude et son élève, il est l'auteur de sculptures célèbres et monumentales : Gorille enlevant une femme (1859), la Jeanne d'Arc de la place des Pyramides à Paris (également à Nancy), le Saint-Michel terrassant le dragon au sommet du Mont-Saint-Michel, etc. Au contraire, le Credo est une statuette de petite dimension (20 ou 40 cm). "Il n'est pas indifférent que ce Credo soit en bronze. Ce chevalier qui est la Foi en marche, la Foi militante, la Foi vive, celle qui se double des oeuvres, la Foi efficace en un mot, ne pouvait rien gagner à être taillé dans le marbre qui immobilise" dit Jacques de Biez (Un maître imagier, E. Frémiet, 1896). "Malgré son lyrisme et ses illustrations composées cet ouvrage, quoique ancien, reste encore la meilleure étude que l'on ait faite sur la chevalerie" (Saffroy, I, 3577). Très bel exemplaire.
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