top of page
HERVILLY (Ernest d') . A Cocagne !

HERVILLY (Ernest d') . A Cocagne !

SKU : 9500073
500,00 €Prix
Aventures de MM. Gabriel et Fricotin. Paris, Alphonse Lemerre, [1898], in-8 (25 x 17 cm), percaline ocre, bords biseautés. Premier plat polychrome représentant (d'après le frontispice et l'ill. p. 171, le texte pp. 169-70) les ingénieurs du pays de Cocagne, consommant le pont qu'ils viennent de construire (ses arches de biscuit cimentés de beurre de noisette, ses parapets de nougat, constellés de pistache, ses statues en pain d'épice représentant les gourmands célèbres et cuisiniers illustres), "qui avait été trois fois rebâti", car ils "trouvèrent leur oeuvre si excellente qu'ils la mangèrent trois fois avant de l'ouvrir définitivement à la circulation". Au second plat, logo de l'éditeur (l'homme à la bêche), dos orné d'une fleur, tr. dorées (Engel, relieur), (12)-358-(6) pp. ¦Édi tion originale illustrée par Édouard ZIER. Ernest d'Hervilly (1840-1913) est un auteur de fantaisies à redécouvrir. Nous avons décrit Les Chasseurs d'édredons (Furne, Jouvet & Cie, 1896, cf. PH 5/92). Il a également publié chez Lemerre Héros légendair es. Leur véritable histoire (1889) et L'Ile des parapluies (1890, réédité en 1898 sous le titre Au bout du monde). La thématique du pays de Cocagne est fort ancienne. Ce mot a une origine obscure et controversée. Le Dictionnaire étymologique, histor ique, et anecdotique des proverbes de Pierre-Marie Quitard (1842) en retrace les différentes acceptions. Le terme lui-même semble dater du treizième siècle (fabliau de Merlin Cocaye), mais le concept du pays d'abondance remonte à l'antiquité grecque (il c ite les auteurs comiques athéniens Phérécrate et Téléclide). Rabelais n'emploie pas le mot de Cocagne, mais les caractéristiques de ce pays se trouvent dans les épisodes relatifs à l'île de Cheli du roi Panigon et au manoir de messire Gaster (Quart Livre). Quitard explique : dans "l'Histoire Macaronique de Merlin Cocaye, il est question des " royaumes de crespes et beignets, où on a accoutumé de mener une vie heureuse". C'est une contrée où les arbres portent pour fruits des tourtes et des tartes, et où l es "vignes sont liées avec des saucisses", trait qui est devenu un proverbe italien.". A l'époque moderne, il semble que ce soit Fénelon qui en fixe les traits principaux, dans ses Fables (1690), destinées à l'éducation du duc de Bourgogne (1689 à 1694) où l'on lit une description de l'île des Plaisirs : "Après avoir longtemps vogué sur la mer Pacifique, nous aperçûmes de loin une île de sucre avec des montagnes de compote, des rochers de sucre candi et de caramel, et des rivières de sirop qui coulaient d ans la campagne. Les habitants qui étaient fort friands, léchaient tous les chemins, et suçaient leurs doigts après les avoir trempés dans les fleuves. Il y avait aussi des forêts de réglisse, et de grands arbres d'où tombaient des gaufres que le vent empo rtait dans la bouche des voyageurs, si peu qu'elle fût ouverte." Cette imagerie a été mise en scène dans Le Roi de Cocagne, comédie en trois actes et en vers, par Legrand (1694). "Les décors représentent, soit un palais aux colonnes de sucre d'orge, aux ornements de fruits confits, soit un jardin magnifique". Cette pièce est imitée au XIXe siècle par Melesvile, dans une "folie-vaudeville en deux actes" (1842) : un personnage veut y manger le palais du roi ("Les escaliers sont en gâteaux, La porte en pâte d'abricots ; Les meubles sont faits tout en sucre d'orge"). On retrouve ce thème chez Grimm (la maison en pain d'épice), Henri Conscience et même le poète Béranger ! Plus près de nous, le Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl (dont on a tiré un film) s'en inspire en le modernisant. Ernest d'Hervilly se situe dans cette tradition (qu'il connaît parfaitement) et mène un récit plein de fantaisie, commençant par la randonnée de deux cyclistes de Chennevières-sur-Marne, Gabriel et Fricotin. Pour se moquer de la gourmandise de ce dernier, Gabriel lui montre un carton de gravures anciennes (reproduites pp. 36-44) appartenant à son oncle Sauge, décrivant le chimérique pays de Cocagne. "Mais alors, si ce charmant pays n'existe pas, comment se fait-il que des gr andes personnes, des géographes, des savants, des artistes, aient écrit et dessiné, autrefois, des descriptions de cet endroit, qui n'existe pas, et des cartes, comme celles que tu as eu la bonté de me confier tantôt ?" (p. 46). L'oncle érudit raconte l'hi stoire légendaire de Cocagne, citant le fabliau du XIIIe siècle, Fénelon et Rabelais. Or, ce pays existe dans le monde du roman, et les bicyclettes peuvent y conduire, grâce à une formule secrète... Ils parviennent ainsi dans un pays extravagant dont les l ois physiques et sociales sont totalement renversées, ce que Pierre Versins souligne en mentionnant ce "récit picaresque utopique de haute cuvée où l'on trouve cette belle réplique" : "Bah ! tous les hommes sont égaux devant la loi ? - Oui, monsieur, devan t. Mais, derrière !" (Encyclopédie de l'utopie et de la science fiction, 1972). Ce qui, en théorie, devait être un paradis tourne peu à peu au cauchemar pour nos deux héros - au sens propre puisqu'il s'agit d'un rêve de Gabriel dû à une surconsommation d e beignets ! Bel exemplaire.
bottom of page