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LATOUCHE (Augusta) . L'Enfant de la falaise .

LATOUCHE (Augusta) . L'Enfant de la falaise .

SKU : 9501574
350,00 €Prix
Paris, Librairie Delagrave, 9-1910, 2e édition, gr. in-8 (28 x 19 cm), percaline grise. Au premier plat, polychrome, à lextrémité de la jetée, assaillie par les vagues furieuses, Landry en ciré jette une corde à une barque, en perdition, tentant de regagner le port au milieu de la mer déchaînée (p. 97). Second plat muet, au dos polychrome, silhouette de navire voguant, tête dorée, 240 pp. ¦Édition illustrée de 152 dessins par Raymond de La Nézière, dont 16 à pleine page.D'abord paru en feuilleton dans L'Écolier illustré (et Saint-Nicolas), en 1909 puis en volume la même année.Née en 1864, Augusta Latouche est lauteur de cinq romans, parus chez Delagrave de 1905 à 1914, dont celui-ci est le deuxième. Chacun présente un cadre thématique original et une héroïne qui dynamise le récit par son énergie et sa détermination face au sort contraire. Nous avons déjà présenté LEnfant de la mine (1910, PH 4/72), dont lhéroïne travaille comme ouvrière trieuse dans une mine du Nord de la France. Cet ouvrage a été longuement analysé par Hélène Millot dans son étude « Un Germinal travesti » (Le Populaire à retrouver, Université de Saint-Etienne, 1995, pp. 65-85), soulignant la documentation sérieuse du livre tout en montrant que ce livre offre une réflexion pertinente sur la question féminine et sociale. Cest aussi le cas de LEnfant de la falaise, situé dans un autre milieu populaire, celui des pêcheurs dieppois, un récit déducation qui sapparente à un roman dapprentissage à portée initiatique :« La petite Molé pousse comme un ajonc marin dans les gobes de la falaise dieppoise, entre sa mère, une ivrognesse, et son frère, un mauvais sujet. Mais sous les haillons de la pauvrette, bat un cœur héroïque : recueillie par la famille Lenoir, la vaillante enfant se fait mousse pour réparer la honte des siens, et devient à son tour le bon ange et la providence de ses protecteurs. Comme la petite Molé, l'auteur aime passionnément la mer ; et c'est la mer, avec ses câlineries et ses colères, ses épreuves et ses réconforts, qui est la véritable héroïne de cette histoire de marins, écrite avec un rare souci littéraire. » (Le Correspondant, 1909, volume 237, p. 1019).En quelques lignes, cette revue pose le cadre physique et moral du récit. La petite Molé, dâge indéterminé, vit dans la pauvreté et le dénuement, habillée de hardes, logeant dans un trou de la falaise avec les siens. Elle aide une dame bourgeoise, Mme Lenoir, à porter le cabas de ses courses pour quelques sous. Mme Lenoir témoigne de lintérêt pour cette petite fille qui interpelle hardiment les marchandes de poisson, et lui semble fort dégourdie malgré son jeune âge et sa faiblesse apparente. Elle est surnommée Miette par ses enfants, car elle ramasse les miettes de leurs goûters. Vivant parmi des marginaux et des exclus de la société, Miette a un caractère bien trempé, qui lui permet de faire face à ladversité de son milieu dorigine, voire dy échapper. Pour cela, la petite héroïne se transforme en garçon afin dassumer le rôle de mousse, sous le nom de Landry. Là, elle doit affronter dautres épreuves sous ce déguisement, quelle parvient à déjouer, en particulier une forme de bizutage des mousses consistant à leur faire préparer les seiches au risque de se faire enduire de leur encre par les marins narquois. Mais dautres aventures attendent le jeune mousse, confronté à des bandits. Sa situation nétant pas claire, soupçonné de vol, Landry passe une nuit au « violon ». Il/elle déjoue enfin un complot visant la famille de sa protectrice.Ces péripéties mouvementées renforcent lattrait et la vivacité dun récit qui parvient de façon très moderne à mettre la question du « genre » au centre de son propos. Au cours de la seconde partie de la narration, le personnage ne cesse dosciller entre son identité féminine et masculine, la petite Molé étant devenue Landry aux yeux de tous les marins ses compagnons. Cette transformation est remarquablement menée par lauteur, jusquà lultime épisode de ce roman fort original.Létude dHélène Millot est la seule disponible sur cet auteur, qui mériterait un éclairage plus approfondi.Louvrage est illustré par Raymond de La Nézière (1865-1953), collaborateur de la Librairie Delagrave. Nous avons déjà signalé dans nos bulletins une dizaine douvrages quil a illustrés. Après avoir travaillé au sein dune équipe artistique, telle celle réunie pour illustrer Paris ignoré de Paul Strauss (Ancienne maison Quantin, Librairies-imprimeries réunies, 1892, PH 26/503), le même éditeur lui confie liconographie de Un tour de Méditerranée par Paul Jousset (Quantin, 1893, PH 11/224). Il travaille ensuite sur le Jean Bart de Joseph Montet (Société dédition dart, L. Henry May, 1897, PH 16/315), avant dentamer une longue collaboration avec Delagrave. Il réalise les dessins de Évasion dEmpereur du Capitaine Danrit (1904, PH 06/111, rééd. 1928, PH 06/112), de Chasses en Abyssinie de H. Decaux (1905, PH 05/089), du fabuleux Souvenirs dun hippopotame de Georges Trémisot (1905, PH 28/539) puis il illustre plusieurs romans de Jules Chancel : Tiarko le chevrier de Napoléon (1909, PH 21/400), Le Prince Mokoko (1912, PH 23/435), Un petit comédien au Brésil (1915, PH 22/415), avant de passer la main à Louis Bombled qui dessine les volumes suivants de Chancel. De son côté, La Nézière illustre encore, de Lix Rotis, La Prédiction dIta-Pa (1915, PH 22/425), toujours pour Delagrave.Le plat historié polychrome de ce livre est magnifique. Nous y voyons Landry en pleine action héroïque, fouettée par les embruns, au milieu des tourbillons marins, seule en mesure de sauver les marins sur leur navire désemparé. Le mouvement des vagues rappelle celle figurant sur la couverture de Découvertes de M. Jean dÉmile Desbeaux (1883, PH 22/417), contrastant avec lhorizon rougeoyant qui annonce laccalmie à venir.Très bel exemplaire.
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