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LAURIE (André). Les Exilés de la terre .

LAURIE (André). Les Exilés de la terre .

SKU : 9501093
1 200,00 €Prix
Selene-Company Limited. Paris, Bibliothèque d'éducation et de récréation, Hetzel et Cie, 1888, gr. in-8 (28 x 19 cm), percaline rouge, bords biseautés. Au premier plat polychrome, l'astronome Norbert Mauny, confortablement installé pour observer le ciel avec sa lunette, sur la face invisible de la Lune, réchauffé par un volcan miniature rougeoyant à proximité (p. 301, "L'hémisphère invisible"), au second plan ligne de crêtes montagneuses prolongées sur le dos, le mot "Terre" imprimé sur une image de notre globe (p. 325, "Au clair de la Terre"). Au second plat, encadrement de motifs noir et monogramme de l'éditeur au centre, au dos polychrome, suite de la composition du plat et reprise du globe terrestre avec comètes, planètes et astres divers dont Saturne, tr. dorées (Paul S ouze, graveur), (4)-406-(2) pp., catalogue Hetzel n° FN de 8 pp. ¦Édition originale illustrée de 79 dessins par Georges ROUX. Première publication en feuilleton dans Le Temps (1888), en deux parties : Le nain de Rhadamèh. Les naufragés de l'espace. Le centenaire de la mort d'André Laurie (Paschal Grousset, 1845-1909) a été l'occasion d'une réévaluation de son oeuvre. Une association a vu le jour, ainsi qu'une série de publications : des bulletins ou numéros spéciaux de revues (Otrante n°29, 2011), une biographie (Xavier Noël, Paschal Grousset : de la Commune de Paris à la Chambre des députés, de Jules Verne à l'olympisme, 2010), les actes d'un colloque à Grisolles (10-12 avril 2009), Paschal Grousset, enfant de Grisolles et de la République, cent enaire de sa mort (2009). Après la Commune, il s'exile en Angleterre où il découvre les vertus du sport, qu'il réintroduira en France (Pierre-Alban Lebecq, Paschal Grousset et la Ligue nationale de l'éducation physique, 1997). Il envoie ses premiers ma nuscrits à Hetzel, qui les achète pour les faire réécrire par Jules Verne qui en tire deux romans (Les 500 millions de la Begum, 1879, L'Étoile du Sud, 1884). Le troisième, L'Épave du Cynthia (1885), est signé des deux auteurs, car entre temps, Lauri e était devenu célèbre par une série de romans, publiés à partir de 1881. "Laurie, connu pour ses Scènes de la vie de collège, traduit Mayne Reid, Stevenson (L'Ile au trésor), écrit un très intéressant Héritier de Robinson (1884), mais aussi des rom ans comme Les Exilés de la terre (1888) ou Atlantis (1895) qui se déploient dans les marges de Jules Verne" (Francis Marcoin, "La fiction pour enfants au XIXe siècle", Le Livre d'enfance et de jeunesse en France, 1994). "Aborder un sujet qui a déjà tenté Cyrano, Swift, Edgar Poë, Jules Verne et beaucoup d'autres, est chose hardie. Ceux-là me jettent la première pierre, que le problème n'a jamais fait rêver par les nuits claires d'août", dit l'auteur en exergue. Ce roman raconte, écrit Daniel Compère , la réalisation d'un audacieux projet consistant à rapprocher la Lune de la Terre afin de pouvoir y parvenir plus facilement. Comme le dit le promoteur du projet : "En somme, le système se formule comme suit : Il ne faut pas aller à la Lune ; il faut obl iger la Lune à venir nous trouver. Cela pour plusieurs motifs. D'abord, parce que la Lune, une fois immergée, au moins partiellement, dans notre atmosphère, nous deviendra habitable, ce qu'elle n'est peut-être pas. Enfin, parce que le problème, vraisembla blement soluble de cette manière, ne paraît pas l'être d'une autre." (p. 79 ; cité par Daniel Compère, "André Laurie, une contribution essentielle à la science-fiction française", Le Rocambole n°51, 2010, spécial André Laurie). "Ce roman de science-fict ion coloniale, dit Jean-Marie Seillan, narre une histoire de lignée vernienne qui rappelle Les Aventures de trois Russes et de trois Anglais par la façon d'opposer le savoir occidental d'une expédition scientifique à la superstition africaine qui la mena ce : dirigée par un astronome audacieux et ambitieux, l'aventure qui mène une douzaine d'Européens à séjourner sur la Lune trouve son contrepoint dans les luttes politiques du vieux monde. Le roman rappelle encore les récits spatiaux de Jules Verne : De l a Terre à la Lune qu'il cite presque explicitement, ou Hector Servadac par cet épisode lunaire, même si celui-ci se trouve inversé, puisque ce n'est pas un fragment de la terre africaine qui se trouve arraché et emporté vers la lune, mais la lune qui es t artificiellement attirée vers la terre d'Afrique grâce à un système compliqué d'aimants gigantesques. Mais le livre annonce plus encore L'Invasion noire de Danrit par la description du fanatisme musulman qui se prépare à submerger le monde des infidèle s. Laurie enchâsse en effet son aventure fictive dans l'histoire politique du Soudan soulevé par le Mahdi Muhammad Ahmad ibn 'Abd Allah. L'aventure s'ouvre en février 1884 avec la nomination du général Charles Gordon au poste de gouverneur général du Souda n, se déroule durant la résistance de Khartoum placée sous ses ordres et s'achève en janvier 1885 au moment où Paris apprend la chute de la ville et la mort de Gordon. Laurie charge même un de ses personnages fictifs, consul de France au Soudan, d'aller ré clamer en Europe les renforts anglais indispensables pour sauver la ville assiégée, renforts que Gladstone enverra, on le sait, en trop petit nombre et trop tardivement. La fiction de Laurie participe donc de la tradition du roman historique français en s' inscrivant dans un cadre composé de lieux et d'événements vérifiables et même, placés selon l'usage au second plan, de personnages authentiques. Au reste, le romancier connaissait excellemment ce dossier puisqu'il avait lui-même plein d'admiration pour un personnage entré vivant dans la légende héroïque, préfacé et publié en 1884 les Lettres de Gordon à sa soeur écrites du Soudan." (Aux sources du roman colonial (1863-1914) : l'Afrique à la fin du XIXe siècle, 2006). "Doit-on croire que de tels événeme nts historiques non encore dénoués à la date de sortie du roman, conduits par un personnage aussi singulier que le Mahdi et inscrits dans un cadre exotique africain étaient insuffisants à ses yeux pour alimenter seuls l'intrigue d'un roman d'aventures et s atisfaire les lecteurs ? Sans doute puisqu'au lieu d'exploiter ces ressources, il juge nécessaire de les recouvrir d'une triple couche de romanesque", histoire sentimentale, romanesque feuilletonesque et science-fiction. "Et dès lors qu'il s'agit de rival iser sur ce terrain, la science occidentale, on le devine, se révèle plus prodigieuse que toute autre thaumaturgie puisque l'astronome français, imbattable, va attirer la lune vers la terre, aller passer un mois dessus avec ses amis et revenir au Soudan pa r le même moyen. La prière des musulmans rivalise donc vainement d'efficacité avec le colossal aimant installé au sommet d'un piton du désert soudanais. Les islamistes qui assiégeaient les Français se trouvent effacés d'un seul coup quand la lune vient se poser sur ce piton." (Ibid.) "C'est donc la science-fiction, troisième strate du roman, qui achève de faire oublier au lecteur, dans la seconde moitié du livre consacrée au séjour sélénite, l'intérêt politique éveillé par l'affaire soudanaise" de la pre mière partie. Bel exemplaire.
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