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LENOTRE (G . ). Le Drame de Varennes .

LENOTRE (G . ). Le Drame de Varennes .

SKU : 9501023
350,00 €Prix
Tours, Maison Alfred Mame et fils, 1932, gr. in-8 (30 x 21 cm), percaline brique. Au premier plat polychrome, Louis XVI, vêtu en domestique, passant le buste par la portière de la berline que le postillon stoppe, titre doré en haut. Second plat muet, titre doré au dos, tête dorée, tr. jaunes, 306-(6) pp. ¦Édition illustrée de 65 documents (37 reproductions de gravures anciennes dont 5 hors-texte, 4 plans et 24 photographies prises sur les lieux). De la "Série 11B" (n° 1519), à voc ation historique, qui comprend également des biographies de Lyautey, Foch, Joffre, Saint Augustin, ainsi que Sanguis Martyrum, Ben-Hur ou La Guerre des femmes. Théodore Gosselin, dit G. Lenotre (1855-1935) est l'un des grands représentants d e la "petite histoire". Historien très populaire, publiant ses chroniques dans La Revue des Deux Mondes, Le Monde illustré, Le Figaro, Le Temps, il est un précurseur d'Alain Decaux et d'André Castelot. D'abord employé au ministère des Finances ava nt de se consacrer à sa passion, l'Histoire, il se spécialisa dans la Révolution française, estimant que son rôle est de recueillir les documents que les descendants des acteurs ou des témoins du drame détenaient. Il accorde également une grande importance à la visite des lieux où se sont déroulés les épisodes les plus célèbres, pour s'imprégner de l'atmosphère des lieux qui, généralement, n'avaient guère changé depuis la Révolution, et pour garantir l'authenticité historique de sa narration, étayée d'autre part sur de nombreuses sources primaires, journaux, rapports de police, registres d'état-civil. Ses articles sont réunis dans une série de volumes, Vieux papiers, vieilles maisons, restée célèbre, témoignant de cette méthode jusque dans son titre. "J' ai tenté de me faire ce reporter qui a manqué au Paris de la Révolution, dit-il : j'ai essayé de pénétrer dans les clubs, à l'Assemblée, dans les cachots, chez les hommes en vue, et d'y glaner tout ce que l'histoire a dédaigné (...). J'ai cherché à personn ifier toujours les acteurs dans le décor où ils ont joué leur rôle. Ce n'est peut-être pas le moyen d'être intéressant, mais certainement c'est le moyen d'être vrai." (Paris révolutionnaire, 1895). Le Drame de Varennes paraît tout d'abord chez Perrin en 1905. Il est réédité de nombreuses fois chez cet éditeur ou chez Mame, à partir de 1931. L'histoire de la fuite du roi et de son arrestation à Varennes a fait l'objet de nombreux livres. C'est un épisode où la petite histoire rejoint la grande. Dans Varennes, la mort de la royauté, 21 juin 1791 (2005), Mona Ozouf s'est penchée à son tour sur cet épisode, se demandant d'emblée s'il est digne de figurer parmi "Les Journées qui ont fait la France" (titre de la collection accueillant l'ouvrage). "A Varen nes, donc, un roi s'en est venu, un roi s'en est allé. Dans le jeu de l'oie de la Révolution française, ce voyage interrompu est le coup de dés malencontreux qui ramène le joueur à la case du départ : fausse manoeuvre, échappée sans lendemain, événement dé pourvu de portée apparente (...). Rien, en effet, dans le cours de ces heures, n'appelle à la mémoire les représentations habituellement liées à la "journée" révolutionnaire (...). On peut douter par ailleurs de la pertinence à faire figurer le 20 juin dan s le répertoire des grandes dates révolutionnaires (...). Les historiens, à leur tour, n'ont prêté qu'une attention distraite à l'événement (...)." Cependant, cette journée ordinaire est une rupture. Comme la prise de la Bastille ou la mort du roi, Varenne s fait partie de cette toute petite série d'"événements qui furent vraiment nationaux" (Aulard, Histoire politique de la Révolution française, 1926). Certains historiens, plus sensibles à l'aspect romanesque ou rocambolesque, des événements, le notent. " Dans ce Louis XVI travesti en domestique, Michelet aperçoit en effet la vraie nature du monarque, fait pour être un "économe de grande maison, exact et intègre, très consciencieux". L'habit de serviteur "était son habit réel ; il avait été déguisé jusque-l à sous les signes menteurs de la royauté". Varennes devient alors un incomparable révélateur" (Ozouf). Ce sont les romanciers et les metteurs en scène qui ont saisi le potentiel dramatique de Varennes. "C'est que son scénario très simple comporte un puiss ant enjeu émotif : les fugitifs réussiront-ils dans leur entreprise ? Leurs poursuivants les rattraperont-ils ? (...). L'épisode a l'avantage, d'autre part, d'être enfermé dans une unité de temps (...). On dirait un découpage tout prêt pour le théâtre, car actère que renforcent encore les déguisements des principaux acteurs (...). Pour frapper l'imagination romanesque, il y avait encore l'importance extrême de l'enjeu : la réussite de l'évasion aurait changé les destinées des voyageurs de la berline." C'est la destinée de la France, assure Dumas, qui s'est jouée à Varennes (La Route de Varennes) : "sans l'arrestation du roi, pas de guerre civile, plus de terreur ; ni Napoléon ni Sainte-Hélène. Dumas y voit la source de tous les événements qui se sont succéd és ensuite". Lenotre synthétise les tendances des romanciers et des historiens. Chantre de la petite histoire, genre intermédiaire, l'épisode est pour lui capital, tout comme il le sera pour André Castelot, qui lui consacrera lui aussi plusieurs livres ( Le Rendez-vous de Varennes ou les occasions manquées, 1971 ; La Tragédie de Varennes, 1984). Le dessinateur (anonyme) du plat historié a su rendre de manière expressive l'instant où les fuyards sont saisis d'étonnement lors de l'arrêt inattendu de leur véhicule : moment où l'Histoire est suspendue, avant de basculer irrémédiablement. Bel exemplaire.
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