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LICHTENBERGER (André) . Mon petit Trott .

LICHTENBERGER (André) . Mon petit Trott .

SKU : 9501075
300,00 €Prix
Paris, Albin Michel, [1921], in-8 (27,5 x 23 cm), percaline vert foncé. Premier plat polychrome daprès la pleine page « Le Mardi Gras de Trott » (p. 129), titre doré. Second plat muet, titre et petit fer dorés au dos, tr. dorées, 189-(3) pp. ¦Première édition illustrée de 75 compositions par Louise Le Vavasseur, de ce classique de la littérature enfantine, dabord paru chez Plon en in-18 en 1897 et ayant connu un immense succès avant la Grande guerre (200 éditions en 1911), alors quil nétait pas destiné a priori à lenfance, comme souvent.« Publiciste et surtout romancier distingué, ayant abordé avec succès les genres les plus divers, collaboré aux principaux organes de la presse française, écrit plus de soixante volumes, dirigé le Musée Social et toutes les activités qui en dépendaient, conférencié et enquêté à travers lEurope, le Proche-Orient, lAfrique du Nord, lAmérique du Sud, André Lichtenberger, aux yeux de neuf lecteurs sur dix, nen demeure pas moins lauteur dun seul livre », note Marguerite Lichtenberger dans Le Message dAndré Lichtenberger (Calmann-Lévy, 1946).Aujourdhui Lichtenberger (1870-1940) a trouvé un fervent admirateur et défenseur en François Rivière, qui le place très haut dans son panthéon personnel, aux côtés dautres lectures « inavouables », comme Delly, rapprochant le créateur de Trott de ces écrivains anglais quil admire tant : « Lui-même, comme Kipling, A. A. Milne ou Enid Blyton, na semble-t-il jamais craint de secouer quelque peu le joug dune surveillance pédagogique dont on souffrait certainement moins dans la première moitié du siècle, pour donner aux détours de la pensée enfantine tout lespace nécessaire et à cet espace de jeu une liberté totale dans le choix de son objet » (Souvenir dEnid Blyton, 1982). Poursuivant le rapprochement de lunivers du créateur de Trott avec ceux ouverts par Kipling et Blyton, Rivière précise sa pensée, en évoquant ses souvenirs de lectures : « Y régnait en maître cette extraordinaire volonté déloigner les enfants des ennuis dun univers au sein duquel parents, éducateurs et pauvres ratés de lâge adulte acharnés à la perte des savants et autres hommes de Bien (parce que de Mystère !) se débattent dans un terrible marasme. Volonté poussée, de façon étonnamment comique et fine, jusquà une sorte de délire esthétisant dans ces deux autres livres lus à peu près à ce moment-là : Mon petit Trott et La Petite sœur de Trott », « deux chefs-dœuvre » à rapprocher du Petit Bob de Gyp. François Rivière revient sur ce sujet plusieurs fois, comme dans Le Livre des livres pour enfants (2008) : « Curieuse destinée que celle de Mon petit Trott (1898), chronique de la vie dun garçonnet solitaire, délicat et nettement plus cérébral que la moyenne, composée dune plume malicieuse par André Lichtenberger, écrivain dorigine alsacienne émigré sous le soleil plus clément du Pays basque. Cest à Biarritz que ce polygraphe très influencé par Kipling dont il publia damusants pastiches cultiva lart dêtre grand-père (...). Mais cest dans une ville maritime imaginaire quil a situé les exploits du très introspectif Trott, qui fait souvent songer à une version miniature du narrateur proustien. Prisonnier du gynécée que composent sa maman, la bonne Thérèse et sa gouvernante anglaise, Trott souffre de labsence de son père, capitaine au long cours. Il sémeut de voir sa mère, mondaine et très frivole, succomber aux avances dun monsieur Aaron qui sefforce vainement de gagner la confiance du garçon. Mais il naime pas davantage les amies de sa mère, qui leffraient avec leurs chapeaux à fleurs et tentent de le gaver de petits-fours. Trott se préoccupe du sort dun petit garçon pauvre quil a croisé sur la plage et à qui il offre des croissants. Ou dune vieille dame aveugle à laquelle il fait croire que ça ne vaut pas vraiment la peine de voir le monde... Ce monde quil ausculte avec un mélange de bon sens et de naïveté qui, depuis plus dun siècle, a envoûté des générations de lecteurs en France et à létranger »... Quant à Lichtenberger, qui allait connaître une sorte damertume, celle de tout créateur effacé derrière le succès de son personnage, « pouvait-il tout à fait renier ce Trott auquel de son propre aveu il devait toute sa vie ressembler ? » sinterroge Marguerite Lichtenberger. « À soixante-cinq ans, un jour dabandon, il constatait lui-même : «Est-il possible que soit si récente lépoque où jétais un petit enfant, avec une maman, une sœur chéries ?... Pourquoi faut-il que, çà et là, palpitent encore en nous tant de jeunes ardeurs, tant de fraîches sensibilités ? (...) » Oui, André Lichtenberger par la grâce de Trott est demeuré le frère de tout enfant qui croit au jeu de la vie et aussi de celui qui, devant le mensonge latent, la douleur muette, la solitude, la vieillesse, la mort, perçoit le lamentable échec des aînés dont la sagesse et la science sont contraintes, en dépit de leurs prétentions, à capituler devant les lois inéluctables du destin. »Car « là où Trott nest déjà plus une fiction, là où son témoignage prend un caractère plus autobiographique, cest lorsque le garçonnet rencontrera les deux choses qui ont constamment obsédé la pensée dAndré Lichtenberger : la vieillesse et la mort. Entités ici incarnées par une seule personne : la vieille Thérèse, une servante que courbe lâge et sillonnent les rides. Elle a survécu à tous les siens et nattend plus que son tour. Un soir, sous la lampe, la vie aux yeux de Trott révélera son triste secret. Une petite fille blonde comme lui est devenue ce débris dont le visage est moins raviné par le temps que corrodé par les larmes. Et laffreuse évidence quun jour Papa et Maman, eux aussi, seront des vieillards, guettés par linqualifiable, quà son tour, resté seul, il devra affronter toute cette angoisse, fait naître chez lenfant la suprême panique de lêtre qui aime devant le rébus indéchiffrable et tragique du destin humain ». Il faut attendre 1921 pour voir paraître la première édition illustrée, en grand format, de cet ouvrage. De nombreuses autres vont se succéder jusquaux années 60. Louise Le Vavasseur a illustré peu de livres, chez Mame et Delagrave. En 1932, Albin Michel lui demande dillustrer le second volume, La Petite sœur de Trott, dans une présentation similaire au premier.Existe en cartonnage rouge, bleu, gris, beige ou vert.Très bel exemplaire.
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