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MONTORGUEIL (Georges). La Vie extraordinaire de Robert Macaire .

MONTORGUEIL (Georges). La Vie extraordinaire de Robert Macaire .

SKU : 9500443
500,00 €Prix
Paris, Librairie Delagrave, 1928 [11-27], in-4 (32 x 23,5 cm), percaline beige, bords biseautés. Premier plat noir, vert foncé et blanc, représentant les célèbres silhouettes de Bertrand et Robert Macaire (d'après la p. 7), titre et cadre dorés. Second plat muet, au dos, portrait d'un gendarme en médaillon, tête dorée, 304 pp. ¦Édition originale et unique, illustrée d'un frontispice, d'une vignette de titre et d'une lettrine, de 95 dessins en noir in-t., dont 8 à pleine page, et de 4 pl. h.-t. en couleurs. Le type littéraire de Robert Macaire a marqué son époque et connut une grande vogue sous la Restauration, à partir de sa création en 1823 par Frédérick Lemaître au théâtre de l'Ambigu, dans la pièce d'Antier, Saint-Amand et Polyanthe, L'Auberge des Adrets. L'acteur eut l'idée d'une interprétation à contre-emploi de ce personnage d'assassin en accord avec Firmin, qui jouait Bertrand, son acolyte. Le comédien écrit dans ses souvenirs : "Quand on vit ces deux bandits venir se camper sur l'ava nt-scène dans cette position tant de fois reproduite, affublés de leurs costumes devenus légendaires, Bertrand avec sa houppelande grise, aux poches démesurément longues, les deux mains croisées sur le manche de son parapluie, debout, immobile, en face de Macaire, qui le toisait crânement, son chapeau sans fond sur le côté, son habit vert rejeté en arrière, son pantalon rouge tout rapiécé, son bandeau noir sur l'oeil, son jabot de dentelle et ses souliers de bal, l'effet fut écrasant. Rien n'échappa à la sa gacité avide d'un public surexcité par ce spectacle nouveau et imprévu. Les coups de pied prodigués à Bertrand, la tabatière criarde de Robert Macaire, les allusions de toutes sortes furent saisies avec une hilarité d'autant plus grande que le reste de la pièce fut rendu par les autres artistes avec tout le sérieux et toute la gravité que comportaient leurs rôles." Ce sont ces costumes légendaires et cette position tant de fois reproduites dont le dessinateur Jean-Paul QUINT (1884-1953) s'est inspiré pour la couverture, dans un style proche de celui de Gus Bofa. Après le triomphe de L'Auberge des Adrets, Frédérick Lemaître convainc Antier de réaliser une seconde pièce, Robert Macaire (1834) où l'assassin devient un escroc fanfaron. Le romancier Raban é crit ses Mémoires (1838), tandis que Daumier, dans Les Robert Macaire (1838, d'abord paru dans Le Charivari), l'utilise comme thème d'une série de caricatures personnifiant la perversité, l'impudence et le charlatanisme. "C'est surtout comme fondate ur de sociétés en commandite, comme bailleur de fonds sans caisse, comme banquier n'escomptant rien du tout à 20 pour 100, qu'il dupe éternellement M. Gogo, l'actionnaire, et qu'il représente une des faces de la société contemporaine" (Larousse). A son tour, l'écrivain polygraphe Georges Montorgueil (1857-1934) rédige une biographie du filou un siècle plus tard, reconstituant avec beaucoup de précision la première moitié du XIXe siècle, théâtre des multiples exploits de son personnage : le Pont-Neuf, la ba rrière Clichy, le premier bateau à vapeur sur la Seine, un voyage en Amérique et la découverte du "bluff", le boulevard du Crime, les jeux du Palais-Royal, la première d'Hernani, les Trois Glorieuses, les premiers chemins de fer, les grands magasins, etc . Finalement, le "floueur" sera "floué" à son tour et connaîtra "l'heure du gendarme et du repentir" ! Aujourd'hui le type de Robert Macaire ou macairisme (terme forgé par Henri Heine pour désigner un comportement cynique et malhonnête) est devenu un thèm e de recherche permettant de décrypter l'évolution sociale entre 1820 et 1848 (Roger Bellet, Dans le creuset littéraire du XIXe siècle, 1995 ; Nathalie Preiss, "Robert Macaire ou la blague dans tous ses états", dans Pour de rire ! La blague au XIXe sièc le, 2002 ; Thomasseau, Mélodramatiques, 2009) : en effet, Macaire incarne "tantôt une suprématie du génie de l'arnaque transmué en position sociale, tantôt la déconfiture honteuse de tout individu pris au piège de ses propres manoeuvres et confondu par la révélation de ses tractations douteuses" (N. Preiss, dans L'Argent et le rire, 2012).
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