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SALGARI (Emilio) . Les Deux tigres .

SALGARI (Emilio) . Les Deux tigres .

SKU : 9501107
450,00 €Prix
Paris, Librairie Ch. Delagrave, [1907], gr. in-8 (30,5 x 21 cm), percaline orange, bords biseautés. Au premier plat ocre, vert et or, chasse au tigre en Inde, menée à dos d'éléphant, celui-ci saisissant un tigre avec sa trompe (p. 135). Au second plat logo de l'éditeur à froid, au dos, deux vignettes (tête de tigre et tête d'Hindou enturbannée), tr. dorées, (4)-297-(3) pp. ¦Édition originale illustrée de 21 compositions d'Alberto DELLA VALLE du second épisode des Pirates de la Malaisie, traduit de l'italien (1904) par J. Fargeau. 10e volume d'Emilio Salgari publié chez Delagrave. L'épisode précédent est paru en 1902 dans la même collection. Le romancier d'aventures Emilio Salgari (1862-1911) a été surnommé le "Jules Verne italien" (comme Karl May était désigné comme le "Jules Verne allemand"). Sa renommée a largement dépassé les frontières de son pays, de son vivant même. Il est traduit en français dès 1898 dans le journal de Delagrave L'Écolier illustré, qui recherchait un romancier d'aventures "différent" et original à mettre à son catalogue, dans le genre qui plaisait alors aux lecteurs : romans d'aventures exotiques situé dans des pays encore fermés à la colonisation, comme les archipels de l'Asie du Sud-Est, ou histoires de pirates, dans la lignée de L'Ile au trésor. L'éditeur Delagrave ne disposait en effet pas d'un romancier d'aventures de ce genre, et n'avait pas la possibilité d'en trouver un aisément. Les Éditions Hetzel avaient l'exclusivité de Jules Verne, Louis Boussenard était le romancier attitré du Journa l des voyages, qui allait bientôt recruter Paul d'Ivoi et d'autres. Gustave Aimard était publié chez Fayard. D'où l'idée de se tourner vers ce romancier étranger très prolifique qui, de surcroît, avait l'avantage d'écrire des romans d'aventure particulièrement originaux : Salgari est le premier auteur à prendre comme personnage principal un héros "indigène", Sandokan, désireux de libérer son pays de la domination occidentale, donc avec une forte visée anticoloniale qui en fait un véritable précurseur aujourd'hui. Sandokan est un prince de Bornéo, renversé par les Anglais qui convoitent son territoire et ses ressources, et contraint de se faire pirate pour lutter contre eux. Ce type de héros romantique n'est pas sans rappeler le capitaine Nemo, dans un autre genre, d'origine indienne et qui a eu affaire lui aussi aux Anglais. Les aventures de Sandokan ayant fait l'objet d'adaptations à la télévision sont toujours extrêmement populaires dans une grande partie du monde. La première aventure de ce héros, Le Tigre de la Malaisie (cela désigne Sandokan), fut publiée en 1883-1884 et réécrite en 1900 sous le titre Les Tigres de Mompracem. Ce récit a ensuite été traduit en 1905 chez Tallandier (et non chez Delagrave), preuve que la concurrence était serrée entre éditeurs pour accaparer les valeurs sûres. Salgari écrivit onze romans composant le cycle "indo-malais", reliant des récits autour de son héros malais avec d'autres ayant comme héros un "Tigre" hindou, Tremal-Naïk, héros des Mystères de la jungle noire, roman également publié chez Tallandier en 1899. Tremal-Naïk est lui aussi en lutte contre les Anglais envahisseurs de son pays, l'Inde. Son destin est de réunir ses forces à celles de Sandokan, ce qui arrive dans le volume suivant, intitulé en français Les Pirates de la Malaisie. Les péripéties en sont résumées au début des Deux tigres. Ajoutons qu'un autre personnage se joint aux deux premiers, le Portugais Yanez de Gomera, un noble qui, n'ayant plus d'attache familiale ou autre en son pays, expatrié en quête d'aventures et de sensations, devient le second de Sandokan. Le précédent épisode était basé à Bornéo et dans l'île de Mompracem, repaire de Sandokan au large de la côte de Sarawak, en Mer de Chine ; dans un mouvement de balancier, la suite revient en Inde, cadre des Mystères de la jungle noire. On a longtemps pensé que toutes ces aventures hautes en couleurs avaient été entièrement inventées par Salgari. Or on s'est rendu compte que ces personnages avaient des modèles historiques et que Salgari, comme ses confrères Jules Verne et Gustave Aimard, se documentait soigneusement. Non seulement Sandokan est basé sur un modèle réel, mais son île de Mompracem existe et se nomme aujourd'hui Keraman. L'historienne Bianca Gerlich a pu en faire la démonstration dans son article "Sandokan of Malludu. The historical background of a novel cycle set in Borneo" (Archipel : études interdisciplinaires sur le monde insulindien n°55, 1998). Le personnage historique qui lui aurait servi de modèle s'appelle Syarif Osman de Marudu, accusé de piraterie vers 1845, et dont un ami se nommait Sandokan. Ces personnages avaient adopté comme emblème un drapeau rouge orné d'une tête de tigre, qui est aussi celui de Sandokan dans la fiction. Marudu ou Malludu était le nom de leur repaire fortifié d'où ils défiaient l'empire britannique. La figure de Sandokan, le révolté au grand coeur en lutte contre l'injustice et les puissants, contraint de passer dans l'illégalité pour faire triompher le droit, a de nombreux modèles et émules en littérature, de Monte-Cristo à Zorro. Sa faveur est telle en Italie et en Amérique du Sud qu'il a inspiré une "suite" au romancier mexicain Paco Ignacio Taibo II, représentant du renouveau du roman policier et d'aventures, intitulée Le Retour des Tigres de Malaisie, plus anti-impérialistes que jamais (Métailié, 2012), dont le sous-titre est explicite. Désormais âgés de soixante ans, les deux pirates libertaires de Salgari "repartent en guerre contre l'impérialisme sous toutes ses formes". Sur Emilio Salgari, on peut consulter le numéro spécial du Rocambole (n°21, 2002).Bel exemplaire.
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