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TREMISOT (Georges). Les Souvenirs d'un hippopotame.

TREMISOT (Georges). Les Souvenirs d'un hippopotame.

SKU : 9501102
900,00 €Prix
Souvenirs d'un hippopotame. Paris, Librairie Ch. Delagrave, [1914], 2e édition, gr. in-8 (29,5 x 20,5 cm), percaline grise, bords biseautés. Au premier plat, rouge, blanc cassé, noir et or, l'hippopotame Théodore (père du narrateur), échappé d'un cirque, montre ses talents acrobatiques aux animaux (lion, girafe, éléphants, héron, marabout, tortue, etc.) des bords du lac Do-Do, jonglant avec des noix de coco en équilibre sur une patte, pour conquérir le coeur de Mélanie (mère du narrateur) (p. 11 et texte p. 13), un soleil rayonnant à l'hori zon. Au second plat, paon à froid, au dos, tête d'hippopotame dans une couronne de lauriers, tr. dorées (J. Fau, graveur), 217-(7) pp. ¦Édition illustrée de 24 hors-texte et 28 in-texte par Raymond de La Nézière. Première publication en feuilleton dan s Saint-Nicolas en 1905-1906 et en volume en 1906. Ces souvenirs sont écrits par Léopold Colibri, "hippopotame en retraite". "En ma qualité d'animal, dit-il, vous vous imaginez facilement, mes chers lecteurs, avec quel plaisir j'ai lu tout ce que les an imaux ont écrit ! J'ai dévoré les Mémoires d'un âne, les Aventures d'un perroquet, les Mémoires d'un caniche, les Mémoires d'un merle blanc... J'ai même eu entre les pattes le Journal d'une fourmi !" Ces titres existent bien. Le premier, par la comtesse de Ségur, est le plus célèbre. Les Aventures de quatre femmes et d'un perroquet est d'Alexandre Dumas fils. Les suivants sont de Julie Gouraud, Alfred de Musset (Histoire d'un merle blanc) et le dernier est du Russe F. Skvortsoff. Il aurait p u ajouter les Mémoires d'un éléphant blanc de Judith Gautier (1893, PH 7/135) ou les Mémoires d'une poule noire de Maurice Barr (1882, PH 22/412). Mais il n'existe pas de mémoires écrits par un représentant de son espèce animale. C'est pourquoi, il se lance dans leur rédaction pour pallier ce manque, ce qui nous donne cet amusant récit de ses aventures parmi les animaux (les crocodiles chargés de la police des eaux, le serpent à la langue perfide) puis chez les hommes, capturé avec le zèbre Kok-Lico et le mandrill Auguste, en route pour La Nouvelle-Orléans et la maison de la famille Cornrose, ce qui nous vaut des aventures avec les Peaux-Rouges, où notre héros sauve les enfants d'un enlèvement. Le comique des situations vient du contraste entre la corpu lence de notre héros et les prouesses qu'il accomplit. Cela ne vous rappelle-t-il pas un autre personnage, aujourd'hui mondialement célèbre ? Cet hippopotame vêtu d'un costume occidental, jonglant au milieu des animaux africains, tous en costumes chatoyan ts, dont un couple d'éléphants, n'est-il pas une troublante préfiguration de Babar l'éléphant, apparu en 1931 ? On sait que ce héros a été imaginé, non par Jean de Brunhoff, mais par sa femme Cécile, née Sabouraud (1903-2003). De là à soupçonner que cette dernière ait pu lire ce livre étant petite fille, il n'y a qu'un pas... Une chose est sûre, le récit de Trémisot est basé sur le même principe anthropomorphique que celui de Brunhoff, et tous deux situent les aventures de leurs héros à l'intersection entre les univers africains et occidentaux. Georges Trémisot (né en 1857) a écrit peu de livres. Maman Cabas, le premier, est illustré par Benjamin Rabier (L.-H. May, 1900). Il publie ensuite chez Delagrave : L'Automobile enchantée (avec H. Gauthier-Villa rds, illustré par Pinchon, 1903, plat historié), La Petite colonelle (ill. Pinchon, 1905, plusieurs rééditions, plat historié, autre histoire africaine), Le Bon roi Dagobert (ill. Albert Robida, 1918). Les dessins que Raymond de La Nézière (1865-1953) compose pour ce volume sont d'une irrésistible drôlerie, en particulier celui du plat historié, dont le style graphique tient autant de Pinchon que de Rabier, ces deux artistes ayant aussi illustré les histoires de Trémisot. De fait, il y a comme une pare nté étroite entre les travaux de ces trois illustrateurs, réunis autour de cet auteur, Benjamin Rabier agissant comme un maître en inspiration. Cette parenté passe par une communauté d'éditeurs, d'abord May, successeur de Quantin, maison connue pour la qua lité de ses livres illustrés. Ayant travaillé pour May, La Nézière devient un des dessinateurs attitrés de Delagrave dès 1904 (livres et magazines), pour qui il illustre les romans de Jules Chancel à partir de 1908 (PH 21/400, 22/415, 23/435), il travaille aussi pour La Semaine de Suzette où il remplace parfois Pinchon pour dessiner Bécassine. Ces deux artistes oeuvrent dans un registre semblable pour Delagrave : il n'est que de comparer ce livre avec La Petite princesse des neiges de Thécla de Mommerot illustré par Pinchon (1907, PH 24/463) pour constater des similitudes de style. Entre 1904 et 1914, Rabier, Pinchon et La Nézière forment comme une école du dessin humoristique, en particulier animalier, mais chacun d'eux a su développer une oeuvre person nelle. Il ne faut pas non plus négliger l'impact des livres à plat historié à l'étranger. Ainsi, L'Automobile enchantée est devenu une sorte de classique international. Il a été traduit en anglais et en italien. L'édition anglaise, traduite par Mary J. Stafford, est publiée chez L. C. Page & Co. (Boston, 1906), illustrés de six hors-textes en couleurs par Edna M. Sawyer (dans la Roses of Saint Elizabeth Series), avec un nouveau plat historié. L'édition italienne regroupe deux titres de Trémisot en un volume, Memorie di un ippopotamo et L'Automobile incantato (1908), après avoir été publiés en feuilleton en 1906 dans un journal du dimanche pour enfants, créé en juin de la même année à Florence par Bemporad, l'éditeur de Salgari (que Delagrave tradui sait en français, selon un échange de bons procédés). Ces deux récits sont considérés comme "deux petits classiques de la littérature pour enfants" ("due piccoli classici della letteratura giovanile, entrambi di Giorgio Tremisot : Ricordi d'un ippopotamo , seguito poi da L'automobile incantato"), par Claudio Gallo et Giuseppe Bonomi ("La straordinaria storia de Il giornalino della Domenica", dans Il giornalino della Domenica : antologia di fiabe, novelle, poesie, racconti e storia disegnate, 2007). Encore une fois, les plats historiés ne sont pas prophètes en leur pays ! Très beau plat historié, préfigurant de manière troublante les aventures de Babar.
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