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VILLE D'AVRAY (Arthur de). Voyage dans la Lune avant 1900.

VILLE D'AVRAY (Arthur de). Voyage dans la Lune avant 1900.

SKU : 9501300
1 800,00 €Prix
Paris, Librairie Furne, Jouvet & Cie, éditeurs, [1892], gr. in-8 oblong (22,5 x 28 cm), percaline rouge. Au premier plat, noir, or et argent, un ballon dans les nuages, avec quatre faisceaux lumineux, la Lune en haut à droite (planche 6). Second plat orné de motifs dencadrement noirs et un médaillon central, dos muet, tr. dorées (A. Souze fils, dessinateur et graveur), 50 pl. en chromolithographie, couverture conservée et préface. ¦Édition originale illustrée par lauteur.« Le présent Album na été fait pour aucune Société savante, dit lauteur, pas même pour être présenté à lAcadémie des Sciences, Arts et Belles-Lettres si magistralement présidée par M. Baboulifiche. Je lai composé feuille par feuille, pendant les longues soirées dhiver, au milieu de mes enfants, sous leurs yeux et dans lunique but de les amuser. La faveur quils lui ont témoignée dès le début, et quils ne cessent de lui témoigner encore, mayant porté à croire que dautres enfants pourraient le goûter comme eux, je me décide à le livrer aux hasards de la publicité.Les gens très graves et très sérieux hausseront peut-être les épaules en le parcourant, mais que mimporte, pourvu quil fasse rire les bébés, sourire les mamans et se dérider les papas rendus parfois soucieux par les mille tracas de la vie. Va donc, petit livre, et bonne chance ! »Arthur Victor, vicomte Thierry de Ville d'Avray (Saint-Nazaire, 1844-Honfleur, 1907), géologue, archéologue, artiste peintre, Saint-Cyrien (48e, entre 1863 et 1865, Promotion de Danemark), membre de lAcadémie des Sciences morales et politiques (vers 1871) a fait lobjet dun ''Essai de Généalogie'', par Alain Garric sur geneanet.« Le Voyage dans la Lune avant 1900, de M. A. de Ville d'Avray, est bien la chose la plus drolatique qui se puisse lire. M. Baboulifiche, sorte de Bouvard ou de Pécuchet à la recherche de toutes les découvertes, fait un voyage dans la Lune avec son domestique Papavoine. Ce qu'ils voient, ce qui leur arrive est « tordant », comme on dit aujourd'hui. Le rire vous prend dès les premières pages, et il devient fou aux dernières. Le comique étant, au théâtre et dans un récit, ce qu'il y a de plus difficile à provoquer, Baboulifiche et Papavoine deviendront célèbres avant la fin de janvier. » (La Nouvelle Revue, 1892, volume 79, p. 831).Cet ouvrage, devenu légendaire, a été réédité en fac-similé par Actes Sud junior (Arles, 2014), ce qui a donné lieu à une longue analyse de Vincent Jung (chronicart.com, 20 octobre 2014) de ce « Véritable petit trésor caché », « merveille méconnue » qui « nous place au cœur du problème de la représentation visuelle de ce qui, précisément, na jamais encore été vu ».Certes, la représentation des êtres et des paysages extraterrestres a déjà une longue histoire derrière elle, lorsque ce livre paraît. Mais Ville dAvray est assez loin de linspiration de Jules Verne dans De la Terre à la Lune (1865) et Autour de la Lune (1869). Il se rapproche davantage de Cyrano et de son Histoire comique des États et Empires de la Lune (1657) ou dEdgar Poe écrivant Aventures sans pareille dun certain Hans Pfaal (1835), autres voyages en ballon jusquà notre satellite. On peut aussi voir une association euphonique entre le personnage de Papavoine de son récit et celui de Follavoine, à la silhouette pareillement filiforme, dans le roman de Georges Le Faure, Les Robinsons lunaires, paru la même année (PH 33/631). Le plus étonnant est que les deux récits se terminent de la même manière ! Ils sont tous deux le fruit dun rêve. Là sarrête la comparaison, car la rêverie scientifique de Le Faure se situe davantage dans le sillage de celle de Jules Verne ou dAndré Laurie (Les Exilés de la Terre, 1888, PH 27/514).Vincent Jung mentionne le film de Georges Méliès Voyage dans la Lune (1902), dont la fantaisie est fort proche de celle de Ville dAvray, avec une semblable composition en tableaux : « dans un cadre où tout est aperçu clairement et distinctement se jouent les événements les plus bizarres (…), il sagit toujours, lair de rien et sous lapparence du classicisme le plus pur, de remplir le cadre de la vision de toutes les créatures que limaginaire pourra lui proposer. »« Ici, dit Jung, la continuité du regard permet la représentation vraisemblable des événements les plus fous et des animaux les plus étranges. En cela, Ville dAvray est plus proche des auteurs du XVIIe siècle que de son prédécesseur immédiat [Jules Verne] : comme chez Cyrano de Bergerac, le classicisme de sa vision assure le réalisme des situations les plus extravagantes. »« Ville dAvray apparaît comme précurseur dune esthétique enfantine, celle de la découverte et de laccumulation indéfinie des formes et des apparences. » Lauteur pousse la logique « jusquà son terme : jusquau moment où lhistoire explose davoir rassemblé en elle trop dépisodes plus fous les uns que les autres, et bascule abruptement dans lhorreur la plus crue. »Ainsi, la logique accumulative de la fantaisie mène à lépouvante, dans une veine similaire à celle qui sera exploitée quelques années plus tard par Windsor McCay, le créateur de Little Nemo, bande dessinée qui joue à la fois sur le merveilleux et le cauchemar.On notera le magnifique plat historié gravé par Auguste Souze fils dont on a déjà souvent souligné le remarquable talent pour combiner lor et largent. Ici encore, à partir dun motif assez simple, cet artiste inspiré parvient à composer une rêverie lunaire, un songe aérien.Album de toute rareté dans un très bel état.
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